Le multimètre est l’instrument de mesure de base de tout électronicien : il mesure une tension, un courant, une résistance, et teste la continuité d’une connexion. Il donne une valeur ponctuelle — un nombre, pas une forme d’onde : pour observer un signal qui varie vite, c’est l’oscilloscope qu’il faut. Robuste et présent sur toutes les paillasses, il répond à l’immense majorité des questions de diagnostic : « y a-t-il du 5 V ici ? », « cette piste est-elle coupée ? », « quelle est la valeur de cette résistance ? ». Cette fiche est un tuto-outil du hub instruments de mesure.
À quoi ça sert ?
Les fonctions courantes d’un multimètre :
- tension continue (V⎓ / DC) — vérifier une alimentation (5 V, 3,3 V, tension d’une pile), relever un niveau logique ;
- tension alternative (V∼ / AC) — mesurer un signal alternatif (valeur efficace) — rare dans un projet qui vit en continu (le secteur 230 V reste hors périmètre, cf. le hub, Périmètre de tension) ;
- résistance (Ω) — lire la valeur d’une résistance, vérifier un capteur résistif (thermistance, photorésistance) ;
- continuité — un bip quand la résistance est quasi nulle : tester en quelques secondes si une piste, une soudure ou un câble est bien connecté ;
- courant (A) — mesurer le courant consommé par un montage (en série, voir plus bas) ;
- souvent aussi test de diode, et parfois capacité ou fréquence.
Pour les signaux qui varient dans le temps (PWM, trame série, rebond de contact), le multimètre ne suffit pas. Il affiche une moyenne ou une valeur instable : passer à l’oscilloscope.
Mesurer pas à pas
- Choisir la fonction et le calibre avec le sélecteur : type de grandeur (V⎓, V∼, Ω, A) et, sur un appareil manuel, le calibre adapté (partir large). Les appareils auto-range choisissent seuls le calibre.
- Brancher les cordons aux bonnes bornes. Le cordon noir va toujours dans COM. Le rouge va dans la borne V/Ω pour mesurer tension, résistance et continuité — ou dans la borne courant (souvent « 10 A » ou « mA ») uniquement pour mesurer un courant. C’est le point qui prête le plus à l’erreur (voir Pièges).
- Connecter au circuit selon la grandeur :
- tension → pointes en parallèle sur les deux points entre lesquels on veut la différence de potentiel (le circuit reste alimenté) ;
- résistance / continuité → composant hors tension, idéalement isolé du reste du circuit ;
- courant → en série, en ouvrant le circuit pour y insérer le multimètre.
- Lire la valeur et son unité, en tenant compte du calibre — et sans sur-interpréter le dernier chiffre : résolution n’est pas précision.
Mesurer un courant sans couper le circuit
Le réflexe de terrain : mesurer la tension aux bornes d’une résistance connue du circuit, puis diviser — I = V / R. Pas de circuit à ouvrir, pas de fusible en jeu. C’est le principe des broches Sense croisées dans la datasheet du L298N.
Tip
Le mode continuité est le meilleur ami du dépannage. Avant de soupçonner un composant, on vérifie au bip que chaque liaison est bien établie : un câble coupé, une soudure froide ou une piste fêlée se trouvent en quelques secondes, montage éteint.
Exemple — Vérifier l’alimentation d’une carte
Une carte à microcontrôleur ne démarre pas. Avant tout, on vérifie « est-ce que le courant arrive, et à la bonne tension ? ».
- Alimentation — sélecteur sur V⎓, COM sur la masse (GND) de la carte, pointe rouge sur la broche 5 V : on attend ≈ 5 V. Une valeur très basse (3 V, 0 V) oriente vers une alimentation insuffisante, un câble USB charge seule, ou un court-circuit qui fait s’écrouler la tension.
- Chute sur une LED — pointes aux bornes d’une LED allumée : on lit sa tension directe (≈ 2 V pour une rouge, ≈ 3 V pour une bleue). Cela confirme qu’elle est bien polarisée et alimentée.
- Continuité d’une piste — montage éteint, mode continuité, une pointe à chaque extrémité d’une liaison suspecte : un bip confirme qu’elle passe, le silence révèle la coupure.
En trois mesures simples, on a localisé si le problème vient de l’alimentation, d’un composant ou d’une connexion — sans rien dessouder à l’aveugle.
Pièges
Ampèremètre laissé en position courant, rebranché en parallèle. L’erreur classique : après une mesure de courant, on oublie de remettre le cordon rouge dans la borne V/Ω et de repasser le sélecteur en tension. La fois suivante, on pose les pointes en parallèle « pour mesurer une tension », mais l’appareil est encore en ampèremètre : court-circuit, fusible grillé. Le fusible interne est précisément un organe de protection : il s’est sacrifié pour l’appareil. Réflexe : revenir en mesure de tension dès qu’on a fini une mesure de courant.
Mesurer une résistance sous tension. La fonction ohmmètre injecte son propre courant : appliquée à un circuit alimenté, elle donne n’importe quoi et peut endommager l’appareil. On mesure une résistance hors tension.
Lire le mauvais calibre. Sur un appareil manuel, un calibre trop petit sature (affichage « 1 » ou « OL »), un calibre trop grand perd en précision. Régler le calibre, ou prendre un auto-range.
Confondre continu et alternatif. Mesurer du continu sur le calibre alternatif (ou l’inverse) donne une valeur fausse. Vérifier la position ⎓ / ∼ du sélecteur.
Oublier l’effet de charge. Sur un nœud à très haute impédance, le faible courant prélevé par le voltmètre peut abaisser la tension lue. Rare en projet, mais à connaître (voir le hub, La mesure n’est pas neutre).
Voir aussi
- Instruments de mesure — le hub : méthode et choix de l’instrument
- Oscilloscope — quand la valeur ne suffit pas et qu’il faut voir la forme du signal
- Niveaux de tension — les seuils qu’on vérifie au multimètre (prérequis)
- Lire une datasheet — la valeur attendue à laquelle confronter la mesure
- GPIO — vérifier au multimètre l’état réel d’une broche (HIGH / LOW)